Quand tu quittes ton emploi salarié pour te mettre à ton compte, ta couverture LPP s'interrompt immédiatement. Plusieurs décisions doivent être prises dans un calendrier précis pour ne pas perdre de marge fiscale ni laisser tes avoirs prévoyance en suspens.
Étape 1 : faire reconnaître ton statut d'indépendant par l'AVS
Le statut d'indépendant n'est pas auto-déclaratif. C'est la caisse de compensation AVS de ton canton qui te reconnaît comme tel, sur dossier. Sans cette reconnaissance, tu restes assuré comme salarié ou comme personne sans activité lucrative, ce qui bloque l'accès à certaines opérations (notamment le retrait du LPP).
Les critères examinés sont (source : OFAS) :
- Tu agis en ton nom propre et à ton compte.
- Tu assumes le risque économique de ton activité.
- Tu travailles pour plusieurs mandants en règle générale (pas un unique employeur déguisé).
- Tu disposes de ta propre organisation (locaux, matériel, facturation).
Tu peux faire la demande dès le démarrage effectif de l'activité, en fournissant tes premières factures, contrats, attestations de locaux, etc. Le délai de traitement varie de quelques semaines à plusieurs mois selon les cantons.
Étape 2 : décider du sort de ton 2e pilier
Trois options s'ouvrent à toi pour les avoirs LPP accumulés pendant ta vie salariée. Aucune n'est neutre.
Option A : compte ou police de libre passage
Solution par défaut. Tes avoirs sont transférés sur un compte ou une police de libre passage et continuent à générer un rendement (faible sur un compte classique, modéré sur une solution en titres). Tu pourras les retirer plus tard (mise à son compte ultérieure, retraite, achat immobilier, etc.). C'est l'option la plus prudente si tu n'as pas un besoin immédiat de liquidités.
Option B : retrait pour mise à son compte
Une fois établi à ton compte et reconnu indépendant par la caisse AVS (donc plus soumis à la prévoyance professionnelle obligatoire), tu peux retirer la totalité de tes avoirs de libre passage (art. 5 LFLP). Si tu es marié ou lié par un partenariat enregistré, ce retrait nécessite le consentement écrit de ton conjoint ou partenaire. Cette option permet de financer le démarrage de l'activité, mais a deux coûts :
- Fiscalement : le retrait est imposé séparément du revenu, à un barème réduit (art. 38 LIFD). L'impôt fédéral direct est calculé au cinquième des barèmes ordinaires ; l'impôt est perçu dans le canton de domicile. À titre indicatif, le taux global se situe souvent entre 4% et 12% du montant selon le canton, la commune et le montant retiré.
- Économiquement : tu réduis ton capital retraite. Sans plan d'investissement clair, cette épargne peut être consommée et difficile à reconstituer.
À envisager seulement avec une stratégie claire d'allocation des fonds (investissement dans l'activité, achat de matériel professionnel, immobilier, etc.) et après simulation de l'impact à long terme.
Option C : transfert dans un 2e pilier facultatif
Si tu décides de t'affilier volontairement à une nouvelle caisse de pension comme indépendant (voir notre page 2e pilier facultatif), tu peux transférer tes avoirs de libre passage directement dans cette nouvelle institution. Continuité de couverture, pas d'imposition au retrait.
Étape 3 : ajuster ton 3a au nouveau plafond
À partir du moment où tu n'es plus affilié au 2e pilier (que tu retires ou laisses sur un libre passage), ton plafond 3a annuel passe au plafond indé : jusqu'à 20% du revenu net d'activité, max 36'288 CHF en 2026 (source OFAS).
C'est une marge de déduction fiscale élargie qu'il serait dommage de ne pas exploiter dès la première année. Pense à ajuster tes versements 3a dès le début de ton activité indépendante.
Étape 4 : reconstruire ta couverture des risques
Pendant ta vie salariée, ton employeur cotisait LAA pour les accidents et payait souvent une assurance perte de gain collective. En devenant indépendant, ces couvertures disparaissent du jour au lendemain.
- Perte de gain maladie : à couvrir par une assurance d'indemnités journalières facultative (LAMal ou LCA). Sans cela, tu perds tout revenu en cas d'arrêt de travail prolongé.
- Accidents : la LAA devient facultative. À défaut de souscription, la couverture passe par la LAMal et complémentaire.
- Décès et invalidité : ces risques sont moins bien couverts par la seule AVS/AI. Étudier une couverture vie complémentaire selon ta situation familiale.
Voir le détail dans notre page couverture perte de gain.
Calendrier type des démarches
- Mois 0 (avant le démarrage) : annonce à ta caisse de pension actuelle de la fin du contrat de travail. Demande d'attestation de libre passage.
- Mois 1-3 : démarrage de l'activité. Première facturation. Dossier de reconnaissance AVS déposé.
- Mois 3-6 : reconnaissance AVS reçue. Décision sur le sort du 2e pilier (libre passage, retrait ou transfert).
- Mois 6-12 : si retrait LPP, exécution et planification fiscale. Mise en place des couvertures volontaires (indemnités journalières maladie, LAA, vie).
- Première année fiscale : ajustement du versement 3a au nouveau plafond indé. Déclaration des cotisations comme charges déductibles.
Trois pièges à éviter
- Ne pas anticiper la chute de couverture sociale dès le premier jour. Souscrire indemnités journalières maladie et LAA facultative avant ou dès le démarrage.
- Retirer le LPP sans plan d'investissement clair. L'imposition est immédiate, la reconstitution prend des années.
- Oublier d'ajuster le 3a à la première déclaration fiscale comme indépendant. Marge de déduction perdue.